Thich Nhat Hanh : une expérience de lecture lumineuse
Posté le sam. 06 juin 2015 dans Journal de lecteur
Découverte
J'ai découvert Thich Nhat Hanh en plein burn-out alors que je cherchais à faire de la méditation. J'étais tombé sur son livre Un lotus s'épanouit dans le réseau de bibliothèques parisien, et sur la photo qu'il y avait de lui, il avait l'air tellement jeune que je suis allé chercher son âge sur la photo : la photo datait de 1993, et le bonhomme était né en 1926, ce qui faisait qu'il avait 67 ans sur la photo, ce qui était tout bonnement incroyable.
Dès lors, ce qui sortait de ce bonhomme m'apparaissait comme l'incarnation même de la santé.
S'est ensuivi un long cheminement avec lui, à travers de nombreux livres.
Je vais partager ici au fur et à mesure mes différentes lectures de ses ouvrages.
L'impermanence, dans Il n’y a ni mort ni peur
Quand mon esprit a assimilé dans sa réalité l'impermanence (c'était au jardin du Luxembourg à Paris), ce fut une grande libération et une sérénité qui m'a saisi de l'intérieur et qui ne m'a plus jamais quitté. Dans cet extrait, Thich Nhat Hanh explique bien les enjeux de saisir cette réalité.
Cela ne veut pas seulement dire que tout change. En regardant profondément la nature des choses, nous voyons que rien ne reste identique pendant deux moments consécutifs. Comme rien ne reste identique d’un instant à l’autre, rien n’a d’identité fixe ou permanente.
Héraclite dit qu’on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve : l’eau aujourd’hui est totalement différente de celle dans laquelle nous nous sommes baignés hier et pourtant c’est la même rivière.
La pratique et la compréhension de l’impermanence ne sont pas une autre description de la réalité. C’est un outil pour nous aider dans notre transformation, notre guérison et notre émancipation : grâce à l’impermanence, tout est possible, la vie elle-même est possible.
Si un grain de blé n’était pas impermanent, il ne pourrait jamais se transformer en tige de blé, qui se transforme en épi de blé, que nous mangeons. De même, si notre enfant n’était pas impermanent, il ne pourrait devenir un adulte et nos petits enfants ne pourraient jamais se manifester.
Nous pouvons alors nous réjouir de l’impermanence qui, si nous la pratiquons avec le regard profond, vit avec nous-même et devient une clé qui ouvre la porte de la réalité, efface la tristesse et la souffrance provoquées par le changement et nous fait mieux apprécier le moment présent à passer avec ce qui est appelé à s’en aller.
Il faut donc voir les choses, les êtres mais également les émotions avec les yeux de l’impermanence : la colère ou la haine sont aussi impermanentes. La raison pour laquelle nous sommes assez bêtes pour nous faire souffrir et faire souffrir l’autre , c’est que nous oublions que l’autre est impermanent. Le jour où nous mourrons, nous perdrons toutes nos possessions, notre pouvoir, notre famille, tout. Notre liberté, notre paix et notre joie dans l’instant présent sont nos biens les plus précieux. Mais sans une compréhension éveillée de l’impermanence, il est impossible d’être heureux.
Lorsque vous ressentez de la colère pour quelqu’un, regardez le avec les yeux de l’impermanence : si cette personne n’était plus là, que ressentiriez-vous? Imaginez, en fermant les yeux, la dimension ultime. C’est-à-dire que vous devez visualiser l’autre dans cent ans : vous serez alors heureux d’être en vie et heureux que l’autre soit vivant aujourd’hui. Dans la dimension ultime, la colère n’existe pas. Il suffit d’inspirez et d’expirez, de se projeter dans l’avenir.
Si nous sommes capables de comprendre et de nous souvenir que la vie est impermanente, nous devrions faire notre possible pour rendre l’autre heureux ici et maintenant. Et si nous vivons avec la compréhension de l’impermanence, nous cultivons et nourrissons notre amour, qui peut durer
— Thich Nhat Hanh, Il n’y a ni mort ni peur